On peut de cette façon dresser à peu près n’importe quel animal, le chien y compris bien entendu, avec des résultats rapides et parfois spectaculaires.

Comment ça marche ?

Cette méthode est en réalité issue des théories développées par un groupe de psychologues anglo – saxons, qui ont démontré que l’on peut « conditionner » et provoquer n’importe quel comportement de n’importe quel animal (y compris humain), par le moyen de « renforcements », des récompenses alimentaires par exemple : ils ont baptisé « shaping » ces manières de faire, on a fini par désigner « behaviorisme » (de « behavior », comportement) ces théories, et « behavioristes » (comportementalistes), leurs auteurs.

Le problème est que la seule référence au mot « shaping » ne peut que faire hurler toute personne un tant soit peu amie des animaux, ou tout simplement emprunte d’un minimum d’humanité, à la seule pensée de certaines horreurs que ce petit monde a infligé à des centaines de pauvres martyrs au sein d’établissements de torture pompeusement baptisés laboratoires, des horreurs à faire du bourreau Pavlov un bienfaiteur de la cause animale, tout cela pour parvenir à cette immense découverte, de nature à bouleverser les fondements de notre connaissance, découverte qui tient pourtant en une simple proposition : « les êtres vivants ont tendance à refaire ce qu’ils identifient comme leur ayant apporté un bienfait, et à éviter de recommencer ce qui leur a nui » ![1]

Le plus extraordinaire restant que tous ces voyous, n’ont pas fini leurs jours en prison, comme on aurait dû s’y attendre, mais qu’au contraire, ils ont fait « école », qu’ils ont eu des disciples et des admirateurs, au point que la plupart des ouvrages traitant de comportement ou d’éducation sont encore encombrés de leurs sinistres théories.

Non au « shaping », oui à l’individu !

La question se pose de comprendre comment des êtres humains peuvent aussi facilement oublier toute humanité. Pour les disciples des behavioristes, il faut faire appel à une sorte d’inhibition de la faculté de critiquer ce qui est considéré comme une référence commune, mais pour les behavioristes eux-mêmes, l’explication repose sur le fondement même de leur philosophie : le refus de la personnalité individuelle. Pour eux, l’individu en soi n’a pas de réalité, et les animaux adoptent, de manière mécanique, en dehors de leur volonté, de leur personnalité, ou de toute forme de sensibilité, des comportements, en général acquis : dit autrement, on peut « conditionner » à n’importe quoi, pourvu qu’on le souhaite et qu’on y mette l’habileté nécessaire, n’importe quel être vivant, l’animal humain y compris[2].

Nous touchons là au cœur de ce qui nous sépare des comportementalistes : à tort, ou à raison, quiconque fait le choix de la compagnie animale reste persuadé de la personnalité individuelle de chaque être, avec des goûts, des désirs, des sentiments qui la caractérisent et lui rendent possible l’expression d’une volonté et d’un raisonnement.

Cette manière de voir dicte notre conception de l’éducation : il ne s’agit pas pour nous de produire par conditionnement quelque robot soumis, mais de favoriser l’expression d’une personnalité, toujours considérée comme exceptionnelle. Le shaping est pour nous à l’opposé de quelque processus d’éducation que ce soit.



 

[1] L’une des figures emblématiques de ce mouvement s’appelle Skinner et ce que Skinner et ses élèves ont osé faire à des animaux dépasse l’entendement ; leur gibier de prédilection a été pendant des années de pauvres bébés singes, que l’on séparait de leur mère parfois dès la naissance, remplaçant cette dernière, entre autres, par un fil de fer barbelé, mais capable de distribuer du lait ;  avec pour résultat de s’étonner des conséquences de ces hideuses tortures, physiques et morales, sur le psychisme de ces pauvres bêtes…

[2] Skinner lui-même, débordant ses compétences de psychologue, s’est voulu écrivain, le temps de produire un roman, où il décrit le bonheur d’une population humaine, judicieusement conditionnée par son gouvernement !

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