éducation canine chien récompense

Plus contre moins, plus contre rien, rien contre moins, rien contre rien, soit, nous avons compris les inconvénients du rien contre rien, au moins en phase d’apprentissage. Mais enfin, le rien contre rien, c’est tout de même la manière la plus confortable de faire, pour nous les maîtres, en tous cas. Par parenthèse, c’est aussi la manière exigée pour beaucoup de concours d’éducation, où il est interdit que le chien soit encouragé, récompensé, ou naturellement puni, tout au long de la présentation. Faudra-t-il vraiment que nous manifestions systématiquement notre enthousiasme pour chaque bonne action ? Quel esclavage en ce cas ! C’est à se demander qui dresse l’autre ! Lequel est le maître, et lequel est l’esclave !

Petite lueur de salut, nous avons noté que récompenser, systématiquement, chaque fois, de la même manière, finit par lasser tout le monde, le récompensé autant que son récompenseur !

D’ailleurs, la récompense systématique serait tout simplement impossible à mettre en œuvre : seule le pourrait une machine, un système automatisé ; ce sont là, à la rigueur, pratiques de laboratoires, non transposables dans la vie réelle.

Mais puisqu’il n’est ni nécessaire, ni même utile de récompenser (ou de punir) à chaque fois, comment trouver la juste mesure entre le trop et le trop peu ?

L’objectif, c’est une économie la plus rationnelle de la récompense, celle qui se révèlera la moins coûteuse, pour le distributeur. Pour ce dernier, le coût des récompenses se subdivise en deux sous chapitres : celui du coût des récompenses en tant que telles, et celui du coût de l’organisation de la distribution et du contrôle de cette distribution.

La méthode des salaires

Dans un très nombre d’entreprises, on résout le problème par une distribution systématique, à intervalles réguliers, que l’on appelle salaire.

Pour le chien, cela reviendrait à dire, à peu près : je te nourris chaque jour, en échange de tes bons comportements de chaque instant.

On le devine  pour l’éducation des animaux, on le constate pour les salaires des travailleurs, cette méthode, en apparence la plus simple, et sans doute aussi celle dont le rendement est le plus mauvais.

On  lui reprochera d’abord l’évidente déconnection entre l’effort produit, qui est toujours instantané, occasionnel, et la récompense. Peu à peu, d’ailleurs, la déconnection devient totale, le salaire cesse d’être considéré comme la contre partie de l’effort, il devient un dû, une obligation du distributeur. Ce dernier, s’il veut obtenir un renouvellement d’intérêt pour l’effort, finit par se voir contraint d’envisager la distribution de primes, en plus du salaire, qui avait pourtant été conçu, au départ, comme la totale contrepartie de l’effort attendu. La méthode du salaire fixe est donc celle qui motive le moins la personne récompensée, et qui coûte le plus cher au distributeur.

Vous ferez comme vous voudrez, (ou comme la législation de votre pays vous y obligera) dans votre entreprise, mais pour l’éducation des animaux, oubliez la méthode du salaire, et cherchez plus efficace.

La récompense à la pièce

Il y a une autre manière de payer un travail, c’est de rendre le salaire exactement proportionnel à la quantité produite de ce travail.

A priori, c’est la solution parfaite ! Pas de travail, pas de salaire, c’est aussi simple que cela. Avec cette méthode, on peut penser que l’on ne payera pas plus que le travail effectivement produit.

Mais, en analysant plus avant, certaines difficultés apparaissent. La première est qu’il faut que la quantité de travail soit effectivement quantifiable et mesurable. C’est sans doute le cas pour un ouvrier chargé d’une production, c’est beaucoup moins certain si le travail est une prestation intellectuelle par exemple.

Même dans le cas d’une production mesurable, le coût de la rémunération se révèle assez élevé. La personne payée à la pièce peut être tentée de bâcler son travail, et d’en négliger la qualité : la quantité sera atteinte, au détriment de la qualité, ce qui peut conduire à devoir payer un grand nombre de pièces qui seront en réalité inutilisables. La seule manière de se prémunir contre ce risque est de mettre en place un système de réception et de contrôle qualité, qui impactera nécessairement le coût réel du travail. Et puis, à l’usine, comme en éducation, comment apprécier de manière juste, la valeur exacte de l’unité considérée : si vous la payez trop peu, vous allez dans le sens d’une sérieuse démotivation, au pire, vous suscitez la grève ! Et si vous payez trop, un bon niveau de récompense est atteint trop facilement, ce qui n’incite personne à la performance.

éducation canine

Les récompenses variables

Envisageons maintenant les récompenses distribuées de manière aléatoire. Vous pouvez décider que vous ne récompenserez pas votre chien chaque fois qu’il exécute ce que vous attendez de lui, mais seulement une fois sur deux, ou sur trois ou sur dix.

Et bien, aussi paradoxal ou injuste que cela puisse paraître, c’est de cette manière que vous obtiendrez les résultats les plus pertinents !

Vous pouvez décider de donner un caractère systématique au  rythme de vos récompenses, mais vous pouvez aussi vous laisser « porter » par votre intuition, et c’est sans doute de cette manière que les résultats seront les meilleurs.

Comment expliquer que les récompenses aléatoires fonctionnent mieux que les récompenses systématiques ?

C’est le problème de la loterie !

Nous avons déjà constaté que le travailleur qui perçoit son salaire tous les mois n’en éprouve qu’une satisfaction modérée, voire nulle. Mais  ce même travailleur dépensera beaucoup de temps et d’argent, acceptera sans rechigner de se lever tôt les matins de ses jours de repos, de subir de longues queues d’attente, pour un espoir très aléatoire de gain, en jouant au tiercé ou au loto ! On n’a jamais encore vu personne devenir dépendant d’une machine à café, mais des foules de gens perdent tout sens de la réalité devant une machine à sous !

Récompense aléatoire et façonnage

Le chien trop systématiquement récompensé finit par montrer assez vite un certain désintérêt pour ses exercices. En revanche, s’il est récompensé de manière aléatoire, il semble qu’il veuille toujours faire mieux, donner toujours plus. Cette disposition permet d’envisager ce qu’en éducation on appelle le façonnage[1], c’est-à-dire l’apprentissage d’exercices complexes. Au début, on récompense par exemple une première approximation de l’exercice. Puis, cette approximation acquise, on ne récompense plus, on conduit au contraire le chien à chercher à faire un peu mieux, à aller un peu plus loin dans ce que l’on attend de lui. Quand le chien a compris, on pousse le niveau d’exigence un peu plus loin et ainsi de suite… : c’est ce que l’on appelle le « renforcement progressif ».

Dans certains traités d’éducation canine, on parle d’une forme particulière de la récompense aléatoire que l’on appelle « jackpot » ; le jackpot consiste en une récompense fortement recherchée et attendue par le chien, pour une réponse particulièrement remarquable qu’il a proposée, mais cette récompense doit être à la hauteur de sa définition : elle doit être véritablement exceptionnelle !

Quoiqu’il en soit, renforcement aléatoire, renforcement différentiel, jackpot, ces renforcements présentent l’avantage considérable de pouvoir être modulés en tenant compte de la réalité de l’effort produit ; dans les entreprises, le système de primes vise exactement ce même objectif !

Renforcements négatifs et civilisation

Est-ce à dire pourtant que tant d’éducateurs ont tort quand ils disent préférer la récompense à la sanction ?

Et bien non, mais pas pour les raisons qu’en général ils soutiennent !

En effet, les renforcements négatifs fonctionnent, la vie naturelle est là pour nous le démontrer, mais ce n’est pas pour autant que la nature ait raison ! C’est la civilisation, et non la nature, qui a hissé notre espèce au niveau qu’elle a atteint, et encore une fois, c’est cette civilisation, et non notre nature, qui a pressé le chien de venir nous rejoindre.

Evidemment, la question se pose de savoir qui aura le dernier mot, de la nature ou de la civilisation. A priori, on peut pencher pour la nature, ne serait-ce qu’en notant que toutes les civilisations meurent, les unes après les autres, assassinées par d’autres plus barbares qu’elles, et donc à priori, plus proches de la nature. Mais nous savons aussi comme les civilisations conquérantes ont tôt fait de se « polluer » à celles qu’elles ont conquises, renouant plus ou moins vite avec le niveau de la civilisation vaincue, et le plus souvent le dépassant : de civilisations mortes en civilisations assassinées, l’histoire du monde nous démontre bien que c’est quand même bien LA civilisation qui  ne cesse de gagner.

Ce que le chien est venu chercher en notre compagnie, ce sont les avantages de notre civilisation.

éducation chien civilisé

Cette constatation faite, la règle du jeu devient la simplicité même : tant qu’il respecte les règles qu’il est venu lui-même chercher, le chien (mais ce serait vrai pour n’importe quel animal, pour tous ceux en tous cas dont on peut reconnaître qu’ils ont, peu ou prou, choisi la « domestication ») doit se voir appliquer ces règles, et la première d’entre elles est que la civilisation, au contraire de la nature, privilégie chaque fois qu’il est possible les renforcements positifs : moins coûteux, non seulement pour qui les distribue, mais surtout pour qui les reçoit (on se remet plus vite d’un gâteau que d’une raclée, fut-elle « naturelle »), ils permettent d’accompagner des processus longs, complexes, comme les façonnages, par exemple. Un être vivant puni aura sans doute compris sa leçon, mais s’il n’est pas  mort, ou même seulement blessé, les chances pour qu’il cherche à « approfondir la question » sont nulles, et donc le champ de progrès potentiels particulièrement rétréci.

Priorité donc aux renforcements positifs, tant que l’on reste dans l’ordre des règles de civilisation. Mais uniquement dans ce cadre.

Et pour ma part, et tant pis si je fais désormais à vos yeux figure de continental avéré et borné, à des kilomètres de la pensée positive anglo-saxonne, pas le moindre complexe à contrer les comportements non civilisés, fussent-il animaux ! Avec d’autant moins de complexes, que cette règle-là, dans sa simplicité même, il n’est pas d’exemple d’être vivant qui ne la comprenne immédiatement !

Qu’on ne compte pas sur moi en tous cas, par exemple, pour tolérer, comme tant de manuels de dressage le recommandent aujourd’hui, que mon chien fasse montre de gestes agressifs, non seulement envers moi, mais aussi envers les membres de ma famille, et surtout les enfants, mes amis, mes invités… et ceci quelles que soient les circonstances, y compris tous les faux prétextes de « gamelles » que l’on voudra imaginer ! Ce sont là comportement de sauvages, et si mon chien veut y jouer, qu’il retourne dans sa brousse ! Il ne veut pas ? En somme, ce qu’il prétend, c’est imposer sa barbarie à ma civilisation ? Un comble ! Qui prend les règles barbares choisit de les subir, et la façon la plus simple pour lui de ne pas se trouver dans cette situation est d’y renoncer définitivement.

(Extrait du parcours de formation Éducateur Canin Comportementaliste – AUDRECO)

[1] On remarquera que ce « façonnage » ne se distingue en rien du « shaping » de Skinner…

Lire aussi :

Si l’animal est une personne : le chien de mon chien… >

< Renforcements positifs et négatifs

Voir aussi :
Le Manuel de l’Éducateur Canin >
Notre eBook « Éthologie du Loup, Éthologie du Chien » >
Notre parcours de formation « Éducateur Canin Comportementaliste » >

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